La tombe à Ravenna

 

 

 

 

Né à Florence en 1265, Dante Alighieri, mondialement connu sous son seul prénom, comme beaucoup d'artistes italiens d'autrefois, est mort en exil, à Ravenne, en 1321. Issu d'une famille appartenant à la petite noblesse, il aperçoit pour la première fois en 1274 une jeune fille, Béatrice, dont on ne sait rien ; il la revoit deux fois encore par la suite sans jamais faire sa connaissance, sans jamais lui adresser la parole, et pourtant c'est pour elle qu'il écrit la Vita nuova, et c'est elle

qui occupe une place prépondérante dans la Divina Commedia ! Il perd sa mère en 1278 et son père en 1282.

De l'éducation qu'il a reçue, on ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'il vit à Bologne, vers 1285, où il poursuit des études supérieures : mais il suffit de lire son œuvre pour se rendre compte que cet homme possède des connaissances encyclopédiques, recouvrant quasiment tout le savoir de son temps.

D'autre part, il est clair qu'il a subi l'influence du philosophe florentin Brunetto Latini, lequel, exilé en France, a écrit son œuvre majeure, une somme des connaissances de l'époque, en français. On sait aussi qu'il fréquente de nombreux poètes, en particulier Guido Cavalcanti et Cino da Pistoia.

La vie politique florentine de l'époque est pour le moins compliquée, comme d'ailleurs dans toute l'Italie. Deux grands groupes se disputent le pouvoir : les guelfes d'un côté, qui soutiennent le pouvoir temporel du pape, et qui émettent des revendications nationalistes ; les gibelins de l'autre, qui soutiennent l'autorité émanant du Saint-Empire romain germanique, lequel exerce une forte influence en Italie. En fait, plus que d'une simple opposition, il s'agit d'une véritable guerre civile : Dante, partisan des guelfes, participe en 1289 à la bataille de Campaldino, qui oppose les deux factions ; les Florentins y remportent la victoire sur les gibelins de Pise et d'Arezzo. Mais, pour compliquer les choses, le parti guelfe est lui-même victime d'une scission, et se divise en deux groupes rivaux, celui des guelfes blancs et celui des guelfes noirs : disons, pour simplifier, que les blancs sont des modérés, qui désirent garder leur indépendance tant face au pape que face à l'empereur, les noirs des extrémistes, qui considèrent le pape comme un allié dans leur lutte contre l'empire, sachant que la réalité est beaucoup plus compliquée. Dante, qui a épousé entre-temps Gemma Donati, jeune femme appartenant à une famille guelfe jouant un rôle politique fort important à Florence, se range du côté des guelfes blancs.

Il participe d'ailleurs activement à la vie politique de sa ville natale de 1295 à 1301, occupant des fonctions administratives ou chargé de missions diplomatiques. C'est durant cette période que la lutte entre les blancs et les noirs s'intensifie, au point que le Conseil qui dirige Florence décide, pour calmer les esprits et restaurer un climat plus serein dans la cité, d'exiler les chefs des deux factions. Mais les noirs, grâce au soutien du pape Boniface VIII, reviennent d'exil dès 1301 et prennent le pouvoir. En 1302, alors qu'il est en mission diplomatique auprès du pape, Dante, en tant que guelfe blanc, est condamné à un exil de deux ans et à une forte amende. Comme il est dans l'impossibilité de payer celle-ci, il est condamné à mort s'il rentre à Florence, ce qui équivaut à un exil définitif.

À partir de ce moment, il séjourne dans diverses villes d'Italie du nord, notamment à Vérone, et effectue un voyage en France où en retrouve sa trace à Paris entre 1307 et 1309. En même temps, il change d'opinion politique : pensant qu'un empereur éclairé pourrait élaborer une union européenne qui éviterait guerres et conflits, il embrasse la cause des gibelins. En 1310, Henri VII de Luxembourg accède au trône impérial, avec pour objectif déclaré de placer l'Italie sous son autorité : Dante alors envoie des lettres à de nombreux princes et hommes politiques italiens pour les exhorter à reconnaître l'autorité de Henri VII, afin de mettre fin une fois pour toutes aux conflits qui déchirent les cités et les principautés italiennes, insistant cependant sur la nécessaire séparation de l'Église et de l'État, ce qui apparaît également dans un ouvrage qu'il rédige à cette époque, De monarchia, dont le titre français est la Monarchie universelle ; mais l'empereur meurt en 1313, alors qu'il séjourne à Pise, ce qui ruine les espoirs du poète.

En 1316, le Conseil de la cité autorise Dante à revenir dans sa ville natale, mais à des conditions telles que le poète refuse énergiquement : il ne reviendra que si Florence le rétablit dans sa dignité et lui rend les honneurs qui lui sont dus. Il passe donc la fin de sa vie à Ravenne, où il meurt en 1321. C'est là qu'il est enterré.

En France, on ne connaît guère la Vita nuova, ni les œuvres dites mineures, comme le De vulgari eloquentia, inachevé, qui constitue pourtant un essai linguistique important ; en revanche, la Divine Comédie est connue de tous les lettrés du XIXe siècle, et elle a été traduite trente-sept fois, totalement ou en partie, depuis 1921 !

Dante a sans doute commencé à écrire Comédie vers 1307, alors qu'il était en exil, et il ne l'a achevée que peu avant sa mort. Ce n'est que dans l'édition de 1555 que le titre devient la Divine Comédie, sans doute parce que le parcours relaté par le poète se termine bien, par la vision de Dieu en qui se dissout toute volonté individuelle.

Dans la Divine Comédie, Dante raconte en vers - en toscan, la madre lingua, qui va devenir l'italien, grâce à lui - le voyage imaginaire qu'il effectue, guidé par Virgile puis par Béatrice, de l'enfer au paradis en passant par le purgatoire ; chacun des lieux visités contitue une partie de l'œuvre, l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis, et chacune de ces parties est divisée en trente-trois chants. Le vers utilisé est la terza rima, c'est-à-dire que Dante utilise des tercets, groupes de trois vers dont le premier rime avec le troisième, alors que le deuxième fournit la première et la troisième rime du tercet suivant, et ainsi de suite :

Tout au long de son voyage, Dante rencontre des personnages mythologiques, historiques ou contemporains de son époque ; chacun d'eux est la personnification d'une faute ou d'une vertu, religieuse ou politique, et le poète décrit en détails le châtiment subi ou la récompense accordée. Le poète latin Virgile, qui représente la raison, est son guide à travers l'enfer et le purgatoire, mais c'est la douce et vertueuse Béatrice qui le conduit au paradis. Qu'on ne s'imagine pas pour autant que la Divine Comédie est une œuvre religieuse : elle est en réalité une somme des conceptions politiques, scientifiques et philosophiques de la fin du XIIIe siècle ; complexe malgré sa simplicité apparente, elle peut se lire à différents niveaux et être interprétée de différentes façons.